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Thérapie par les sons

L’usage de la musique à des fins thérapeutiques est sans doute l’une des plus anciennes traditions de l’humanité. Le chant fut, à l’origine, le seul remède susceptible d’endormir la douleur et la médecine primitive consiste essentiellement en la magie incantatoire.

On trouve dans l’Egypte antique de nombreuses incantations contre la morsure des serpents.

Les Grecs connaissaient bien les pouvoirs curatifs du chant. Selon Homère, les fils d’Autolycos arrêtèrent par un chant, le sang noir qui s’échappait de la blessure d’Ulysse (l’Odyssée, XIX, 457). De même, Lucain évoque le pouvoir du chant contre l’hémorragie (Ph. IX, 643). Platon, dans le Théétète, parle des sages femmes qui allègent les douleurs par leurs mélopées et il affirme à maintes reprises dans ses divers écrits, que les recettes médicinales sont inefficaces sans le chant. Pindare nous apprend qu’Esculape soignait les malades « en les enveloppant de chants très doux ». On sait également que la pratique de la guérison par les sons, utilisés comme puissance harmonisante, constituait une part importante de l’enseignement de Pythagore à Crotone.

Pour le Père Amiot, missionnaire jésuite du XVIIIe siècle, Pythagore aurait puisé ce savoir au cours de ses voyages aux Indes et en Chine. Le sinologue Edouard de Chavannes prétend au contraire que les Chinois tenaient leur doctrine musicale des Grecs. Ces deux opinions sont discutables à plus d’un titre. Toujours est-il qu’en Chine comme aux Indes, les effets thérapeutiques des sons étaient connus.

Ainsi peut-on lire dans les Mémoires historiques de Su Ma T’sien, qui comportent un long passage consacré à la musique chinoise: « Les sons et la musique, c’est ce qui agite et anime les artères et les veines ; ce qui circule par les souffles vitaux et conduit le cœur à l’harmonie et à la rectitude ». De même, dans un ouvrage de Shahinda, intitulé « Musique indienne », il est écrit à propos des râgas (modes musicaux): « ce sont des bienfaiteurs de l’humanité, car ils guérissent diverses maladies du corps » et en ce qui concerne les Surs, notes de base du grama, « Les Surs qui possèdent un tempérament chaud, ont la faculté mystérieuse de guérir ceux qui sont affligés de rhume ou d’autres maladies de cette nature, et vice versa, mais à condition qu’ils soient chantés par des êtres nobles et de grande valeur morale et que ce soit fait à la saison, à l’heure et au jour qui conviennent ; ce n’est qu’ainsi qu’on obtient l’effet voulu, et toute violation de la loi prescrite est considérée comme sacrilège » (cité par Dane Rudhyar dans son livre La Magie du Ton et l’Art de la Musique).

L’usage de chanter en administrant des remèdes se perpétue jusque dans la tradition chrétienne. Un manuscrit grec (pontifical d’un évêque du IVe siècle, Séparion de Thumis) cite une bénédiction chantée en ces termes (d’après Dom Cabrol, La Prière antique) : « Nous bénissons par le nom de ton Fils unique, Jésus-Christ, ces créatures (l’huile et l’eau) ; nous invoquons le nom de celui qui a souffert, qui a été crucifié, qui est ressuscité, et qui est assis à la droite de l’Incréé, sur cette eau et sur cette huile. Accorde à ces créatures (l’huile et l’eau) le pouvoir de guérir ; que toute fièvre, tout Esprit mauvais et toute maladie soient mis en fuite par celui qui boit ces breuvages ou qui en est oint, et qu’ils soient un remède. »

Comme le fait remarquer J. Combarieu (Histoire de la Musique, T. I., p. 198), la purification de l’eau par le chant est une opération magique. Or c’est l’objet des antiennes Asperges me (XIIIe siècle) et, pour le temps pascal, Vidi aquam egredientem (Xe siècle).

Dans sa Vie de Saint Bernard, Guillaume, abbé de Saint-Thierry, raconte que l’on fit venir au chevet de Bernard, dans son enfance, une femme qui le guérit d’un violent mal de tête grâce à un chant magique.

L’incantation médicale aboutira au XVe siècle à de simples formules magiques à réciter. Ces formules sont recueillies dans des livres de recettes pour divers usages : guérison, amour, retour d’affection, désenvoûtement, exorcisme (le Rituel romain lui-même contient un formulaire des exorcismes).

Cependant, les chants rituels traditionnels, que l’on peut encore entendre par exemple dans les monastères, continuent d’exercer leur action singulière sur le corps et sur le psychisme. « Ce n’est pas sans raison que l’usage de la cantilène a été institué dans l’église de Dieu : elle charme les auditeurs et les incite à l’amour de la vertu. Mais la musique a un pouvoir tel que, si elle emploie des modes plus agréables qu’il ne faut, elle entraîne les esprits à la licence. Si elle emploie des modes sévères et des mouvements recueillis, elle est un stimulant pour le courage et la vie spirituelle.» (Simon Tunstede, XIVe siècle, cité par de Coussemaker : Scriptorum, etc. IV, 204).

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